mercredi, décembre 05, 2012

1Q84 de Murakami

Honte à moi, j'ai découvert il y a peu Haruki Murakami... J'avais des réticences à lire cet auteur que je confondais avec l'autre Murakami, dont j'avais lu Les bébés de la consigne automatique, et aussi parce que le résumé des 4èmes de couverture de ses romans m'avait paru plate comme disent les québécois. Des intrigues abracadabrantesques qui font penser au pitch d'une série française (machin aime truc qui le rejette parce qu'il est fou amoureux de bidule), sur fond de fantastique (la lune brille derrière le soleil, un corbeau vient frapper à sa fenêtre et un chat parle), le tout agrémenté de commentaires dithyrambiques de la presse... voilà qui ne présageait rien de bon. 

Oui mais voilà.
A force d'être interpellée par des amis sur cet auteur, j'ai fini par accepter de lire La Course au mouton sauvage, et j'ai été tellement impressionnée par ce texte, que j'ai tout de suite lu Kafka sur le rivage... Voyant 1Q84 sortir en poche (enfin les deux premiers tomes marketing oblige), j'ai foncé.

O rage, ô déception !
Si le premier tome m'a suffisamment tenue en haleine pour que j'achète le deuxième, j'ai trouvé insupportables les redites qui font reculer l'intrigue... Pourquoi un tel verbiage et en plus si mal traduit par Hélène Morita ? Nous ne sortions pas de la quatrième de couverture cette fois-ci ! Et de rappeler à chaque chapitre le physique de Tengo, d'Aomamé, ce qu'ils font dans la vie, comment ils boivent leur chocolat chaud... Sinistre.  Les scènes de sexe ou les descriptions en devenaient risibles là où au début je me sentais bien dans un érotisme à la japonaise (oui Aomamé n'aime pas ses seins mais qu'est-ce qu'on s'en fiche ! A la fin elle est enceinte donc ils sont gros et elle finit par les aimer, c'est mignon, mais fallait-il le répéter dix fois par chapitre ?!). Et j'en passe. 

Ou quand la poésie devient didactique... 
J'aurais lâché si l'un de ces amis toujours ne m'avait encouragée : "si si la fin du 2 est bien et ça repart au 3". J'ai donc fini le tome 2, et acheté le 3 (sort en poche seulement en février, tant pis j'ai payé 23 euros chez Belfond, je me suis faite arnaquée, d'accord). C'est vrai que la fin du 2 est mieux, le début du 3 aussi, mais c'est un bref répit et les problèmes de traduction et d'écriture perdurent : que de répétitions !!! A chaque chapitre Murakami rappelle l'enfance d'Aomamé, les réflexions de Tengo qui au début intriguent, mais à force ne parviennent plus à dissimuler leur naïveté (que l'auteur semble assumer petit à petit puisqu'il dénigre quelque peu son personnage dans ses descriptions : "je ne sers à rien dans l'intrigue" semble-t-il avouer, "je n'ai rien fait pour t'aider, c'est toi qui as tout fait" dit-il à Aomamé : quel niais !!!). Bref, le roman tape carrément sur le système.  Un seul tome aurait suffi à cette intrigue romantico-mystique.

J'irais même jusqu'à dire qu'il prouve le contraire de ce qu'il veut démontrer. On aime les sectaires parce qu'ils mettent du suspense.
J'ai fait une petite sélection des critiques, qui sont globalement assez favorables, voire partiales : France TV ou les Inrocks vous aideront à comprendre le pitch que je n'ai pas le courage de rappeler car il tient sur un ticket de métro ou une 4 de couv'. Les critiques frisent la mystification totale de leurs lecteurs en évoquant une "réécriture visionnaire de 1984 de Georges Orwell": alors là non, on en est vraiment loin, la vision politique de 1Q84 est celle d'un enfant de 6ème (je n'ai rien contre les enfants de 6ème, hein). Les descriptions de la secte par exemple, sont un amalgame des critères obligés que doit comporter une secte : monde replié sur soi (forcément), viols de petites filles et crimes. Mais ils sont si littéraires, si fantastiques (les Little people n'ont rien d'un big brother: c'est un souffle poétique qui sort de la bouche des petites filles) que le lecteur assiste passivement au roman comme il le ferait d'une série télévisée bourrée de clichés. Bref, on ne quitte jamais le ton de la fiction, ce qui, vous me direz, est aussi la trame de ce roman dans le roman, mais alors là, je n'en dirais rien car depuis Pirandello... 

La portée philosophique est édulcorée par les amours d'enfance culcul d'Aomamé et de Tengo (à l'âge de 10 ans, dans la classe, ils se sont donnés la main devant la lune : ouah -c'est d'une misère !!!) (et la référence musicale à Janacek est d'un gonflant ! on dirait qu'il a copié-collé la définition wikipédia de ce compositeur inconnu, et qu'il la recolle chaque fois qu'il l'évoque - alors c'est sûr, c'est bien, l'ensemble fait les 1500 pages, ça se vend bien), et j'irai jusqu'à dire que le côté mystique de toute cette histoire ne CONTREDIT par il l'EXULTE car le lecteur est embourbé dans des descriptions tellement plates des héros qu'il en préfère les viols et les crimes des sectaires qui boostent le roman ! C'est dire si la démonstration est loin de celle d'Orwell...


La poésie et le décalage que j'avais tant aimés dans les deux autres romans que j'ai lus de Murakami, répétés tout au long du roman sont tout simplement fatiguants, mielleux, énervants! Je suis tout à fait à l'opposé de cette critique de Télérama.



Le mielleux arrive encore à grand pas avec la grossesse virginale d'Aomamé, la rencontre sous la lune : c'est vraiment le pompon. Bref, j'approuve la critique de Chronicart.


Le partage, quand même.
Mais alors, pourquoi ai-je lu les trois tomes ?!! Pourquoi ai-je acheté La Fin des temps ? Sans doute parce que Murakami a le don du suspense, et même si son roman part dans le n'importe quoi, on lui fait confiance pour trouver une belle fin, et si on a le bonheur d'avoir un peu de temps devant soi comme moi en ce moment, on n'est pas trop inquiet d'en perdre (piètre défense certes)... 
Je finirai donc cet article sur une note positive, en vous invitant à aller surfer sur le site de l'illustre ICI. En plus des traditionnels résumés, critiques, possibilités d'achat, nous y trouvons surtout la bande son des chefs-d'oeuvre de Murakami, le design des meilleurs pochettes (Murakami est souvent bien servi par ses éditeurs, ses livres sont un plaisir pour les yeux comme en témoigne la dernière édition collector de La Fin des temps), et les commentaires classés des fans, une rubrique sympathique : la scène que vous avez préféré dans tel roman, comment vous avez découvert Murakami, vos personnages préférés... J'ai passé pas mal de temps sur ces jolis témoignages de lecteurs, une façon de célébrer sans didactisme ce "partage" qu'évoque à sa manière la (somme toute) fin de 1Q84, avec les retrouvailles des amoureux... où l'on a la preuve que ce sont souvent les amis qui vous font découvrir les bons auteurs... et donc merci à ceux que j'évoquais dans le paragraphe 2... voilà, sans rancune donc !



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bon alors je sais plus trop si je vais finalement les lire, ces quatre pavés... ;-)
En tous les cas je vais lire les deux autres dont tu parles, dont je n'avais pas entendu parler !
J'aime bien le j'ai un peu de temps en ce moment..... Tu m'épates quand même de t'acharner à les finir et à les aimer (avec succès)... "En ce moment" ! Biz Sophie