lundi, octobre 29, 2007

La contre-lettre

Un exercice de correctif intéressant (publié sur le site des Editions de l'attribut) mené par des professionnels, militants, acteurs de l’action culturelle. Ces derniers s'attaquent à la lettre de mission envoyée par le Président à la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel.
Cette "contre-lettre" se présente à la fois comme un exercice de style et un mode de revendication axé sur la "participation" : "Le 1er août dernier, le Président de la république et le Premier ministre adressaient à la ministre de la Culture et de la Communication une lettre de mission, indiquant les grandes lignes (et nombre détails) sur ce qu’ils souhaitent voir mis en œuvre dans le domaine culturel. Outre sa forme, qui multiplie les injonctions, plusieurs éléments de cette missive apparaissent particulièrement discutables."

Le travail de réécriture consiste principalement à :
- atténuer le ton directif de la missive originale et à rajouter des formules de politesse (appel à une réflexion commune, horizontale, citoyenneté, républicanisme...)
- réaffirmer l'intérêt général et la diversité culturelle
- privilégier un principe de "continuité" de la politique culturelle, c'est-à-dire prendre en considération les acquis et reconnaître les résultats positifs des précédents gouvernements (paraîtrait que notre nouveau P. a tendance à faire croire qu'il fait tout tout seul)
- réaffirmer la valeur éducative de la culture, notamment par une action envers la jeunesse
- faire des propositions (en bleu dans la contre-lettre) : démocratie artistique, actions envers la jeunesse, insertion professionnelle des jeunes diplômés, limitation du partenariat public- privé dans le domaine de l'urbanisme, la mise en place rapide d’une licence globale ou de tout autre mécanisme similaire, permettant d’en finir avec la prétendue « piraterie »
-
"Vous préparerez donc une révision de la loi DADVSI*, pour permettre à notre pays d’être en position pionnière en pour la défense des internautes" remplace : "A partir d'un bilan de la loi DADVSI, vous préparerez enfin les prochaines échéances législatives et communautaires. Notre pays doit être en position pionnière en Europe pour la défense des droits"
- mettre en perspective les objectifs par rapport à la situation concrète des artistes, notamment ceux du spectacle vivant. Par exemple, la nouvelle missive invite à prendre en compte les difficultés pour les petites structures à mettre en oeuvre des opérations de mécenat fortement encouragées par le gouvernement depuis la loi d'août 2004 : "Sans qu’ils se substituent aux financements publics, vous encouragerez le financement privé de la culture, en étendant encore d’avantage les avantages alloués en faveur du mécénat et des fondations, en favorisant l’extension du mécénat à la politique de sauvegarde du patrimoine, en sachant toutefois que seuls les grands établissements pourront trouver dans la recherche de mécènes un complément (toujours modeste) à leurs financements. A la tête de tous les établissements et administrations relevant de votre autorité, vous veillerez à associer des personnalités d’envergure du monde culturel et artistique à des gestionnaires confirmés, comme cela se fait déjà dans de très nombreuses structures."**
- modérer les moyens pour créer un
centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France
- réaffirmer une volonté d'ouverture à d'autres cultures que la culture française ; la signature française de la convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle est par deux fois citée ; nécessité d'ouvrir des coopérations avec l'Europe et les pays du Sud
- supprimer l'allusion au Canada (et à la révision générale des politiques publiques), à la politique gouvernementale générale (supprimer des fonctionnaires) ou à la préconisation d'indicateurs de résultat. Le rejet de ces "indicateurs" renvoie au rejet de la terminologie "marketing" présente dans la missive originale : le correctif insiste par exemple sur la différence entre une "oeuvre" et un "produit". Pourtant, on pourrait s'instruire d'ouvrages comme "De la Culture en Amérique" de Frédéric Martel, où l'on comprend qu'il est possible d'avoir une politique culturelle sans ministère de la culture. Enfin, débat houleux.

Ces modifications sont plus que de "détails" et créent un nouveau contexte autour d'une phrase digne du Prince et que nous avons souvent entendue dans la bouche du présidentiable désormais élu : "pour que chaque euro dépensé soit un euro utile". Cette phrase, replacée dans un contexte plus participatif que hiérarchique, gouvernemental plus que présidentiel, est le reflet d'une politique socialiste avec des interventions rationnelles de l'Etat décentralisé. Qui sait, peut-être que certains électeurs du P. n'avaient entendu qu'une partie du message de campagne de leur P. ?! Je vous l'accorde, cet espoir est une révision de l'histoire d'une naïveté confondante.

En conclusion, côté gauche, la contre-lettre renvoie à la notion d'une "démocratie artistique" qui remplace celle de "démocratisation culturelle" lancée par Malraux, poursuivie par Lang mais par trop parasitée ces dernières années par des impératifs de mesure qui déplaisent aux créatifs. Côté droit on parle plutôt de démocratisation culturelle, même si la missive commence par en noter l'échec "parce qu'elle ne s'est appuyée ni sur l'école, ni sur les médias, et que la politique culturelle s'est davantage attachée à augmenter l'offre qu'à élargir les publics". Remarque : le côté gauche est d'accord avec ça, et approuve -ce dont témoigne la démarche même d'une contre-lettre- la nécessaire prise en compte des dernières mutations. je cite : la révolution numérique et la reconnaissance que les industries culturelles produisent de la valeur économique***.
Je vous avais, dans un lointain article, invité à relire Machiavel qu'on considère injustement comme un dictateur. On pourrait dire aussi qu'il concevait la politique comme un "work in progress". Dans une démocratie -et pourquoi pas artistique !-, avec un mode parlementaire qui multiplie les petits princes -et pourquoi pas via le web !-, ça donne des contre-lettres qui pourraient bien conduire à un grenelle de la culture.


* Rappel.
** Il sera sans doute plus difficile en effet de sortir des politiques publiques (dont l'aide est d'ailleurs déjà souvent misérable) pour une petite compagnie théâtrale qui débute ou un auteur de théâtre complètement isolé de la production, que pour le Louvre, la BNF, l'Opéra de Paris ou la Comédie Française (institutions qui font plus que grapiller le budget du Ministère). Certes, le Louvre-Lens a les moyens de mettre en oeuvre (et encore !) une recherche de sponsoring-mécénat, ce qui est plus difficile pour une compagnie qui salarie tout au mieux une moitié de chargée de prod'.
*** "
L’environnement dans lequel s’inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d’accès quasi infini à certaines œuvres de l’esprit, tout en perturbant profondément l’économie de la création et de la diffusion dans de nombreux domaines. Et les industries culturelles sont de leur côté à l’origine d’une part croissante de la richesse et de l’emploi en même temps qu’elles pèsent, de manière trop souvent hégémonique, sur la notion même de culture, confondant les «œuvres» et les «produits», le projet artistique et l’impératif de rentabilité financière."

jeudi, octobre 18, 2007

Editos de programmes culturels (1)

C'est de saison, les programmes culturels finissent de tomber dans nos boîtes aux lettres, les portes des théâtres sont grandes ouvertes. Sur la première page des sacro-saintes "plaquettes de saison", le laborieux devoir à la maison du Directeur : l'éditorial.
Analyse du genre : CultureCOM ouvre un petit dossier pour tenter de décrypter ce que les cultureux veulent nous communiquer en introduisant leur programme. Avec exemples réels ou imaginaires.

Il faut bien l'avouer, "l'éditorial de saison" est souvent un exercice obligatoire que leurs auteurs pratiquent avec plus ou moins de bonne volonté, d'humour ou d'imagination. Il y en a même qui y ont carrément renoncé, et délèguent leur obligation au Maire de la Ville (parfois les deux s'enchaînent et se répètent répondent), ou encore commencent leur programme sans introduction éditoriale, avec la présentation du premier spectacle de la saison. Certains s'y consacrent à reculons, transformant leur manque d'inspiration en figure de style, dévoilant au passage quelques secrets de fabrication : "mon graphiste vient de m'appeler pour me rappeler la dead line de l'impression du programme" "au bord de la piscine dans ma résidence secondaire, je dois me consacrer à ce fastidieux devoir d'écrire"...
Oh les chanceux, veinards oisifs, forcés d'écrire !

Pour la plupart c'est une opération de glorification du théâtre ("dans une époque où la technologie prend le pas sur le texte, le théâtre instaure une relation charnelle avec le public, essentielle à..."*), avec force idéaux ("partage", "écoute", "rencontre", "joie"), aussitôt corrigés d'une pompeuse et apeurée auto-justification ("divertissant mais intelligent", "exigeant, mais populaire"), de tentative de bilan ("Bilan saison 2006 de la scène conventionnée, 62.320 entrées" "11ème édition, on tient le coup !") ou d'énumérations plus ou moins attrayantes ("des rencontres thématiques, des rendez-vous réguliers autour des créations, des stages animés par des artistes"), de satisfecit ("à notre grande satisfaction le public répond favorablement à cette offre" "nous nous réjouissons de vous faire retrouver ou découvrir cette saison des artistes et des poètes que nous aimons pour l'originalité de leur démarche"), de lèche des subventionneurs fortement influencée par les rapports moraux rédigées par l'administratrice ("grâce à notre maire vie les fonds de la politique de la ville", "heureux de vous annoncer un grand accord de coopération culturelle (2008-2012) réunissant deux nouveaux partenaires", "dans la politique départemantale soutenue par le Conseil Général et la Caisse des dépôts et consignation"). Certains osent un style plus marketing, alignant chiffres et statistiques ("60% de moins de 26 ans" "Les trois salles de la maison de Molière abritent aujourd’hui plus de 450 artisans, techniciens, administratifs et artistes ; plus de 22 métiers consacrés à l’art du spectacle, à notre patrimoine et à l’élan des écritures actuelles et internationales."), avantages de l'abonnement ("-10% si vous adhérez avant telle date") ou tentatives de séduction affirmée ("si nous avons choisi d'armorier notre saison de feux d'artifice, c'est pour affirmer que nous concevons le théâtre comme une fête populaire"), de flâtteries plus ou moins dégoulinantes de bons sentiments ("nous sommes tous spectateurs, à nous d'inventer les occasions de rencontres entre les artistes et leurs publics" "tout cela, nous le pouvons grâce à vous") ou de tentative de se distinguer sur le marché ("avec une vraie programmation culturelle" "une véritable démarche artistique" "nous, on est mieux"), avec cautions morales à la clef ("Molière", "Vilar", "Deleuze"...).
Beaucoup font un subtil mélange de tout cela, à tel point que l'on pourrait écrire un "éditorial type" qui ressemblerait à peu près à ça :
" Ma chargée de communication me rappelle à l'ordre. Alors que je bois des coups avec mes collègues entre deux plongeons dans la piscine, je parcours le Festival d'Avignon à la recherche de la dernière perle tout en écrivant ma prochaine pièce, je dois me lancer dans l'écriture de l'édiorial de cette nouvelle saison que je suis ravi de commencer avec vous. Que vais-je bien pouvoir raconter d'original ? Dire que cette saison sera encore plus étonnante que la précédente ? Plus festive ? Plus intelligente ? C'est vrai. Mais je me plais aussi à me souvenir d'un rêve que je formulais il y a 76 ans lorsque j'ai pris la direction de ce théâtre. La fabrique imaginaire dont je rêvais alors commence à exister : la belle salle de XY abrite aujourd’hui plus de 2 comédiens dont moi-même, 1/2 technicien, 1 administratrice polyvalente et quelques intermittents artistes sous payés consacrés à l’art du spectacle, à notre patrimoine et à l’élan des écritures actuelles et internationales. Cela n'aurait pas été possible sans vous, qui nous aidez à affirmer et construire notre belle devise : " Partager et réunir, divertir et cultiver."

Saison 2007-2008 : dans un monde où la voix des artistes a de plus en plus de mal à se faire entendre, où la technologie barre la route à un monde constitué de chair et d'os, où les téléphones portables ont remplacé le vrai dialogue, où... [la suite, jugée vraiment trop ringarde, a été censurée par la chargée de com' intérimaire], nous proposons pas moins de 1 création au total, 2 spectacles, des grands débats, des ateliers (subventionnés par les Fonds W via le programme Z), des cartes blanches, des rencontres, un festival, des cours magistraux, des lectures ou la découverte des coulisses… X, Y et Z [la citation obligée des artistes programmés, classés en "novateurs" ou "classiques essentiels"] composent cette saison.

[- c'est bon ? ça suffit là ?
- non encore 1082 signes espaces compris
- d'accord, mais si j'y arrive pas, tu demandes au graphiste d'agrandir ma photo]

Mais je ne serai pas honnête de boucler
ce putain d'éd... cet éditorial sans citer nos fidèles soutiens : la DRAC, la Région et le village du bout du monde. Sans ces subsides, nous ne pourrions vous offrir cette formule simplifiée d’abonnement (abonnez-vous), ces nouvelles cartes (abonnez-vous), ces nouvelles modalités de réservation (abonnez-vous), cette nouvelle identité visuelle (abonnez-vous) et ce nouveau site Internet (abonnez-vous)… Nous continuons à tenir notre rôle de passeurs exigeants et attentifs en affirmant nos missions, sûrs que, comme le disait Jean Vilar : "le théâtre est un service public, tout comme l'eau, le gaz et l'électricité". Notre théâtre (venez !) ouvre ses portes (venez !) à tous (venez !) : démunis ou nantis, membres de l'élite ou illétrés, jeunes et vieux, car nous créons ici un art en phase avec son temps et son monde, coloré, dérangeant, sublime.
Magie.
Aventures.
Ludique.
Diversité.
Poésie.
Ensemble.
Utopie.

Nous formulons donc ici ce voeu : Venez !
(abonnez-vous). Prenez aussi le temps de lire ce programme, car nous vous attendons (venez !), cette saison a été faite pour vous. "
Artistes instrumentalisés par la communication ?
Qu'est-ce que j'en sais moi !

Très peu se servent de cet espace singulier comme d'une tribune politique, ou alors de façon plus ou moins vaseuse et édulcorée : "nous pensons qu'il ne faut pas considérer comme taboues certaines questions se ce qui nous rassemble en Europe", alignant les grands mots : "faire surgir un espace démocratique, libre, social, artistique", les clichés : "dans un territoire planète" ou les platitudes : "une culture de l'ouverture", à tel point qu'on se demande si les acteurs culturels ne contribuent pas à l'édulcoration des termes pourtant essentiels et profonds (comme le mot "originalité", mis à toutes les sauces), en les utilisant à tout venant, sans distinction. A noter que sitôt une parole directement dénonciatrice se fait-elle entendre, que des censeurs et autres rabats-joie s'en offusquent (on parlera bien sûr du controversé Editorial de Pascal Rambert pour Le Granit).

Enocre deux petites remarques dans ces "généralités pour un début" :
- comme ces éditoriaux sont masculins ! (je renvoie à ce rapport que j'avais déjà cité)
- le web offre rarement (jamais) un style différent de la plaquette papier, tous comme les sites des théâtres en sont les pâles copies.

A suivre...


cf. dans rubrique "Objets de com'" quelques analyses de propositions graphiques pour les couvertures des programmes culturels

mardi, octobre 09, 2007

La culture, service public ?

Oui bon on le savait déjà, la culture sur la télévision publique, c'est pas gagné, mais certains ont des chiffres en plus pour le prouver : Acrimed a en effet lancé une étude comparative entre la programmation de TF1 et celle de France 2, suite à une déclaration en 2006 du DG de France 2 qui voulait "marquer les différences". En conclusion ? "La fiction et le divertissement dominent (52% sur TF1, 47% sur France 2), l’information est un peu plus présente sur France 2 (8% contre 5%), et TF1 diffuse très légèrement plus de documentaires que sa « rivale » (9% contre 7%)".
Bon ça donc c'est fait, on s'en serait douté.
On va donc s'intéresser de plus près aux documentaires, "l'alibi culturel" de la télévision, pour constater que, s'ils sont nombreux sur les deux châines, n'ont bien sûr pas les mêmes thématiques : "TF1 s’intéresse beaucoup à la chasse et à la pêche (49% des sujets), mais aussi à la nature de manière générale ainsi qu’aux têtes couronnées (le 15 septembre était diffusé un documentaire sur Grace Kelly, princesse de Monaco). France 2 a fait un choix de programmation sensiblement plus « haut de gamme » qui a permis aux insomniaques de s’instruire sur la vie et l’œuvre de l’écrivain et réalisateur Cizia Zykë, sur le compagnonnage ou encore sur Nicholas Winton, un banquier britannique qui sauva plus de 600 enfants du nazisme."OK, c'est donc confirmé : nous n'aurons pas de documentaire sur Deleuze sur TF1.
Idem pour les téléfilms : la "qualité" plus que la "quantité" différencie les deux chaînes (moins de séries américaines sur France 2). Il y a plus de magazines sur France 2 que sur TF1 : sur France 2 beaucoup, beaucoup de sujets de société et de "services", un poil de science et, tiens, intéressant : des magazines sur la religion, quand il n'y en a pas sur TF1. Le service public se différencie donc par le sociétal, les services aux consommateurs (!) et le religieux. Bon pas mal de politique aussi, mais rien sur l'économie sur France 2 contrairement à TF1. Et aussi quand même : sur France 2, il y a de la culture et du cinéma (sur TF1, c'est plutôt la nature que la culture).
Et la littérature dans tout ça ? "Passons aux magazines « culturels ». Et, d’abord, à la littérature. TF1 y consacre environ une heure par semaine ( !) avec son émission Vol de nuit – qui, comme son nom l’indique, n’est pas diffusée à une heure de très grande écoute. L’émission littéraire de France 2 (Dans quel éta-gère), elle, est beaucoup plus courte (environ 1mn40s), mais diffusée 15 fois par semaine (le matin et la nuit), ce qui lui permet d’atteindre approximativement les 25 minutes hebdomadaires."
C'est drôle non ?!
En conclusion : les différences sont quand même très minces. "Là où on peut considérer que France 2 se différencie (un peu) de TF1, c’est dans le domaine des magazines culturels et scientifiques, puisqu’il n’en existe que sur la chaîne publique." Ouf. Oui mais la suite : "Avec des émissions comme Esprits libres de Guillaume Durand, Thé ou café de Catherine Ceylac et Science, on tourne de Philippe Gougler, ce sont 8 heures par semaine qui sont réservées à la culture – au sens large – et à la science (soit 4,8% de la programmation de France 2)." Et le coup de râce : "Bien sûr, ils n’ont pas le droit à la première partie de soirée..."

Et vous, la télé, vous la regardez comment ?
Moi souvent c'est en faisant mon repassage...
Ou alors le soir, je me rends chez Tadéi, dont le titre de l'émission témoigne que ses sujets sont sur le fil : "Ce soir ou jamais" (sur le site, les coulisses de l'émission, making off bien sympa). L'animateur y décrypte avec de nombreux invités l'actualité culturelle et artistique (et sportive comme dernièrement avec le rugby où il avait invité la philosophe Catherine Kintlzer - "mezetulle" dans mes favoris, auteur d'un blog philosophique sur le rugby : la Chouille). C'est sur France 3, diffusé à heure fixe, soit 23h.
Sinon la cinquième/ ARTE le plus souvent (enfin aussi souvent que je regarde la télé, c'est-à-dire... 4 heures par semaine ? 5 heures ?) : les concerts, le théâtre, Métropolis, le Dessous des cartes, le journal de la culture...

dimanche, octobre 07, 2007

1+1=3 version trans'

Pour donner une suite à ce fameux 1+1=3 qui défrayait la chronique (hum : sur culturecom ; ici aussi), je poste ce lien vers la Revue des ressources qui publie le texte transgenre (photographique, poétique et militant) de Cezsa et Roda. Ici le 1+1=3 est l'occasion de dénonmontrer que la différence homme/ femme peut être dépassée en un genre intersexuel.
Ou comment accepter les déviances au-delà du binaire : "On est sommé de choisir, au mieux, quel genre de femme, ou quel genre d’homme on peut, on souhaite être, et reconduire sans cesse, ou remettre indéfiniment sur le métier au fil du temps ses « choix sexuels », qu’ils soient conformes, ou déviants - ou obligé dans le pire des cas de se conformer au destin sexuel supposé être le nôtre, sous peine d’exclusion ou de mort. Ça ne rigole pas. Et fatalement, dans un système si rigide, il y a des ratés. L’assignation de genre fait alors l’effet d’un costume trop étroit, serré aux entournures, taillé dans un tissu qui gratte. Au mieux, elle apparaît dans toute son artificialité. Ou pire, dans ce costume haï, on se taille une corde pour se pendre. On peut aussi désirer changer de sexe."
Voilà.
Les photos des deux auteurs témoignent du 1+1=3 dont nous parlions. Elles mélangent les sexes pour en trouver un troisième. La proposition globale des auteurs mélange les genres aussi puisqu'elle est composée de photos, d'un poème et d'un texte explicite. Bon je ne suis pas critique, mais un petit regret : dommage que les auteurs s'excusent d'intercaler entre le poétique et le photographique ce "troisième texte" plus "théorique". Ils auraient peut-être pu y aller à fond dans le transgenre, qui parle de lui-même, afin que ce troisième genre textuel, hybride au possible, crée une dynamique du texte/photo/poème, une mise en abyme du sens, et laisse au lecteur la responsabilité d'en comprendre ou pas la métaphore. De ce genre d'expérience littéraire qu'on trouve parfois sur internet et qui font tout l'intérêt d'une littérature qui se travestit avec l'outil technologique.
Sans oublier que j'avais trouvé la formule 1+1=3 chez Pascal Colrat, qu'il semble lui-même reprendre de Cieslewicz. J'aimerais bien savoir d'ailleurs de qui vient exactement cette formule que je trouve aussi dans la bouche de George Tscherny cité sur Etapes graphiques en plus. Une question à 100 balles que j'envoie à mes petits chercheurs préférés, Panda par exemple, tu sais pas toi ?! Et Carbrax, t'es où ?!!! Ou alors Le, il sait tout aussi lui. Enfin voyez...

mercredi, octobre 03, 2007

Premièrement un lit

"Premièrement un lit. Un traversin. Deux oreillers. Deux couvertures de lit, dont une blanche et rouge. Deux rideaux de drap, un rabat et une courte-pointe. Un manteau turc noir..."

Partager avec vous mon émotion à la découverte, dans la Revue des ressources dirigée par Robin Hunzinger, de cet inventaire des biens et meubles délaissés par feu le Seigneur Bénédict de Spinoza...
C'est magnifique.
Si peu et des livres, des livres, des livres, les lectures du philosophe.
On l'imagine polir ses lentilles, quitter son atelier, revenir dans sa chambre-bibliothèque, continuer sa méditation sur le bien suprême, sortir dans la rue clâmer l'urgence d'une cité théologico-politique. Quel génie.
Lire ces lignes.
Imaginer la vie de ce prince de la philosophie.
Effet petite madeleine pour moi...
Entrée dans la philosophie, la frugale et la bienheureuse, l'irreligieuse et la politique.
Spinoza commence son Traité de la réforme de l'entendement par la distinction des biens matériels et des biens immatériels, concluant que ces derniers, à cause de leur caractère éphémère et incertain, ne peuvent lui apporter le bonheur. Or il remarque que dans sa méditation, "des moments rares et de courte durée", il est heureux. Il décide de se consacrer à la recherche du vrai bien. "A mesure que la nature du vrai bien me fut mieux connue, [des moments] devinrent et plus longs et plus fréquents, surtout lorsque je vis que la richesse, la volupté, la gloire, ne sont funestes qu'autant qu'on les recherche pour elles-mêmes, et non comme de simples moyens ; au lieu que si on les recherche comme de simples moyens, elles sont capables de mesure, et ne causent plus aucun dommage..."
Cette introduction du Traité est un des textes qui m'a le plus marquée en philosophie, et on le trouve en totalité sur internet, ou ici en bilingue. Ou ici avec les autres oeuvres.

"Premièrement un lit..."


merci à Robin et à la revue des ressources, dont voici la ligne éditoriale : "Nous défendons un internet de contenu, ouvert et éclectique, qui puisse offrir des ressources variées dans le domaine littéraire ; nous pensons que le net est un moyen de diffusion trop précieux pour le cantonner dans le télé-achat, ou le catalogue publicitaire (y compris pour un éditeur ou une revue). Ce titre [La Revue des ressources] manifeste aussi l’ambition de rassembler et mettre en valeur, par des bibliothèques de liens, les ressources littéraires du net qui nous semblent les plus intéressantes."