dimanche, décembre 30, 2012
Quand les sirènes se taisent de Maxence Van Der Meersch
vendredi, décembre 14, 2012
Ernest et Célestine
mercredi, décembre 05, 2012
1Q84 de Murakami
dimanche, novembre 27, 2011
Los hijos se han dormido
Leçon n°1 pour être un bon spectateur :
Pour parler d'un spectacle où l'on a un peu dormi,
faire un sort à la scène entrevue au début et à la fin.
Hier soir, Veronese adapte La Mouette au Théâtre du Nord dans le cadre du Next festival.
Les spectateurs entrent dans la salle alors que les acteurs sont sur scène et discutent sans les voir, ils la jouent "quatrième mur". Sur un canapé, un gros bonhomme dort paisiblement. Ting ting, la pièce commence, les acteurs nous parlent, d'ailleurs, oublié le quatrième mur, la mouette s'adresse directement à nous et elle est vite reprise par son amant "ne t'adresse pas au public ainsi". Ils la jouent "je te mets en scène devant le public, je montre les ficelles héhé c'est du théâtre alors que tout à l'heure pas". Pirandello mi amor.
Et puis le gros bonhomme dort toujours, c'est l'oncle. Narcoleptique. On lui parle, un drame se joue même sous ses yeux (sa soeur revient avec son mec écrivain et humilie son fils, donc le neveu, publiquement -nous sommes toujours là, assistant au désastre- la copine du neveu se fait draguer par le beau père et finit par s'enfuir avec lui parce qu'il lui dit qu'elle est un joli petit oiseau braillard et aimant les cadavres -une mouette- du coup le neveu fait une TS, se rate, voit tout le monde partir, revenir deux ans après, son ex devenue folle-dingue après avoir été larguée et perdu son bébé et découvert qu'elle ne savait pas jouer au théâtre et que ça allait être dur d'être sur le devant de la scène ailleurs qu'en province et pour des cachets d'intermittente du spectacle ayant du mal à trouver ses heures, le neveu se réconcilie quand même avec sa mère, puis avec le beau-père mais tout ça finit super mal car il se suicide pour de vrai) et l'oncle dort toujours.
Et il dort royalement bien.
Moi aussi d'ailleurs à un moment je pique un petit somme: c'est la fin de la semaine, et j'ai un mal fou à rester éveillée au théâtre en ce moment.
Du coup, je m'interroge : Veronese, lecteur de la Mouette qui en plus du thème la joue vachement théâtre dans le théâtre ( le théâtre quand il parle de lui-même, de Shakespeare à La Mouette, plait beaucoup aux metteurs en scène et encore plus aux acteurs qui se trouvent intelligents car ils comprennent mieux que n'importe qui le double sens du truc et encore plus aux actrices car elles n'ont pas souvent de beaux rôles à jouer et ce genre de pièce leur donne en plus un air intelligent), Veronese l'argentin qui nous montre la fabrique du théâtre signifie-t-il au spectateur son propre rôle à travers ce personnage ensommeillé et dont la surcharge pondérale renvoie à un trop consommé ? L'oncle endormi et obèse nous signale-t-il que nous dormons alors qu'un drame se joue ? Cela est-il censé nous réveiller, nous indigner ?! Endormi, le spectateur est-il malade ou bienheureux ? Nous ne sommes pas loin d'une certaine analyse politique contemporaine (ce qui redonnerait par la négative un sens au théâtre) (mais là je vais trop loin).
Toute la folie des argentins s'exprime soudainement : dire le théâtre pour l'abolir ; montrer les ficelles comme des tic-tac d'un réveil qui nous plonge dans le sommeil éternel ; parler pour endormir ; faire du théâtre pour désengager.
Non.
Ca ne doit pas être ça qu'il a voulu dire.
J'ai mal compris.
Los espectatores se han dormido...
mardi, mai 25, 2010
Il n’y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée
« Ce qu’on n’a jamais vu, ce dont on n’a jamais entendu parler, on peut pourtant le concevoir; et il n’y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une absolue contradiction. Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté, nous trouverons, à l’examiner de plus près, qu’elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce pouvoir créateur de l’esprit ne monte à rien de plus qu’à la faculté de composer, de transposer, d’accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et l’expérience. Quand nous pensons à une montagne d’or, nous joignons seulement deux idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvons concevoir un cheval vertueux; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nous permet de concevoir la vertu; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d’un cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes ; c’est seulement leur mélange et leur composition qui dépendent de l’esprit et de la volonté. Ou, pour m’exprimer en langage philosophique, toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou perceptions plus vives. »
David Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), section II, trad. A. Leroy, Éd. Aubier-Montaigne, 1969, pp. 54-56.



